LE DOSSIER MACRON ET LE RETOUR DE BORIS VIAN (Texte de NICOLAS BONNAL)

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LE DOSSIER MACRON ET LE RETOUR DE BORIS VIAN (Texte de NICOLAS BONNAL)

Message  Admin le Dim 14 Mai - 19:54

Le dossier Macron et le retour de Boris Vian

Tout le monde a souligné à foison leur ressemblance. Or j’avais signé aux Belles

Lettres en 2008 un contrat sur Boris Vian et notre modernité. Je vivais alors

dans la Bolivie de mon cher Evo Morales, plus précisément à Sucre (et dans le

Gran hôtel de Che Guevara qui plus est, un trois étoiles à neuf euros), et

malheureusement l’Alliance française du coin de la rue n’avait pas un seul

exemplaire de l’œuvre du maître ! Le web était moins riche que maintenant et

je n’honorai donc pas mon contrat. Et comme on ne versait plus d’à-valoir…

J’ai tout de même retrouvé quelques textes, et je les donne à mes lecteurs

préférés...

« On est curieusement entrés dans l'ère de l'écume des jours.

De l'écume des jours ? Oui, celle de Boris Vian, qui se résume à deux axes, par-

delà les provocations verbales du petit maître oublié : les gens deviennent

puérils, ludiques, et l'espace, l'espace vital surtout se rétrécit.

Comme nos contemporains, les "adulescents" de Vian sont très ludiques ; ils

sont aussi techno-dépendants, rêvent de pianocktail et de patinage ; ils ne sont

pas très sexués et ils ne sont pas, mais alors pas du tout politisés. Ils rêvent

d'être des ignares, et d'ailleurs on va tuer le Jean-Sol Partre national (ah, nos

intellos rive gauche !) pour bien marquer ce rêve américain. On rêve de jazz et

de négritude, comme aujourd'hui de rap et d’exotisme cheap. Avec ces

certitudes, on ignore où l'on est, on ignore même si l'on est. Vian a célébré le

modèle du jeune con, qui allait vieillir un beau jour (le jeune, pas le con). Et on

a fait de cela le modèle du progrès, du moderne, de la jeunesse, de la mode.

Imaginez les héros de Boris Vian avec cinquante de plus, et vous avez les

retraités d’aujourd’hui…

Mais surtout, parce que l'histoire de la bêtise prendrait trop de place, il y a une

diminution d'espace. Lorsque la pauvre Chloé devient malade, l'appartement

commence à diminuer. J'ai évoqué ironiquement l'odyssée de l'espace, où

d'ailleurs on voit les cosmonautes mener des vies considérablement médiocres

; mais cette odyssée est devenue une descente aux abysses. L'individu post-

historique est surtout post-spatial, il n'a pas de maison, pas d'appartement ;

ou bien il a trois fois moins de place que son grand ancêtre de la Nouvelle

Vague (sur ce sujet j’ai bâti mon roman décalé comme on dit, et onirique), et il

lui faut travailler pour rembourser, ou plutôt vivre pour rembourser, puisque le

travail ne suffira pas, qu'il sera toujours moins rétribué, quand ses études

auront été inutilement rallongées. Il faut 500 mois de SMIC pour acheter un

deux-pièces dans notre beau Paris.

La diminution d'un espace vital n'est pas sans effet : on a réduit l'espace

habitable depuis Thatcher et aussi –surtout – depuis l'euro, et les gens se sont

calmés. Ils ont été réduits à la portion congrue, réduits en part de marché,

réduits à la merci de l'ennemi. Dans une société où l'on peut plus respirer, se

loger, fumer en discutant, ou discuter en fumant, se garer, se déplacer,

s'exprimer, on se doute que la possibilité de changement radical, si elle venait

encore à l'esprit de quelques-uns capables de structurer leur pensée, serait de

facto impossible à exécuter ».

Je rajoute ce texte de célébration du triste maître de ma jeunesse

giscradienne :

Il y a cinquante ans mourait Boris Vian. A bien des égards la présence de cet

auteur s’est faite discrète, d’autant que les temps qui courent souvent trop vite

ont tendance à oublier jusqu’à leurs pères. Pourtant, Boris Vian fait partie d’un

patrimoine bien vendu, mais qui ne s’est jamais internationalisé ou même

exporté, ni sous la forme de chansons ni sous celle de romans.

Boris Vian c’est la douceur de vivre des années 50, l’intrusion de la sacro-sainte

modernité dans la France dite moisie, le sens de l’humour et de la générosité,

le refus de tous les chauvinismes et de toutes les intolérances... C’est aussi le

sens de l’amour et de la légèreté, la célébration de la jeunesse et de la

nouveauté.

* * *

La société médiatique adore se célébrer : espérons qu’elle saura célébrer Boris

Vian, car elle lui doit beaucoup. Vian a été en effet le prophète de la révolution

culturelle qui a fait de la vieille mère des arts, des armes et des lois cette fille

de Marx et de coca-cola, du fast-food et de Canal +. Vian, sans le vouloir,

partout où il a mis le doigt, l’a bien mis. Il a fait un sans-faute dans son œuvre,

la plus sérieuse comme la plus décalée, la plus tragique comme la plus dérisoire

pour ajourner la France et la mettre à la hauteur de la modernité. Mais la

France est fatiguée : aussi userons-nous du terme de surmodernité pour

exprimer cet état de dépression satisfaite dans laquelle se trouve le pays. Il y a

en effet un double enjeu chez Vian : un enjeu euphorique et un enjeu

dramatique.

* * *

Il y a une dizaine d’années, nous pouvions encore sans rire évoquer ou

dénoncer une exception française ; exception que Marc Bloch avait définie

ainsi : nous nous reconnaissons aussi bien dans le sacre de Clovis que dans la

Fête de la Confédération. La France de gauche comme la France de Droite

aimait ses lieux de la mémoire, ses petites fêtes, son 14 juillet, sa Jeanne d’Arc,

sa colline inspirée, ses faubourg Saint-Antoine.

Avec Boris Vian, c’est tout cet apanage qui a disparu. On entra dans un procès

de déculturation totale, d’américanisation-dépression avec un rejet complet de

sa culture et de sa civilisation. Nous y reviendrons.

Vian a réglé ses comptes ou plutôt ses contes avec une France du passé et

dépassée qu’il détestait. Il l’a fait avant beaucoup d’autres, et nous l’avons tous

suivi.

Nous naviguerons entre américanisation et dépression. Comparez la bonne

humeur pornographique d’On tuera tous les affreux (un ex-savant nazi fabrique

des modèles nymphomanes et des politiciens sur une nouvelle île du Dr

Moreau) à l’atmosphère grise et française de l’arrache-cœur, de l’herbe rose ;

comparez ce refus empathique de la petite France profonde et de son clocher

fatidique à l’adoration de la grande agglomération yankee et polluée, bourrée

de limousines, de gros bras et de filles délurées – et puis vous comprendrez

pourquoi ces Français soi-disant exilés à Chicago (764 morts pour ce qui va de

cette année) ont voté pour le candidat des supermarchés et du progrès

sociétal. Attendez-vous à une réduction de mètres (maîtres) carrés et à une

énième révolution culturelle comme celles que promouvait Vian dans ses

chansons dérisoires.

Les petites chansons ont certes vieilli car elles étaient de piètre qualité, comme

les romans sauce surréaliste, mais elles donnaient l’inspiration du jour et à

venir : le changement de sexe (bourrée de complexes !), la complainte du

progrès avec le partage des biens (ah, Gudule, écoute-moi…) entre divorcés-

remariés, et toute cette entropie de bistrot branché qui nous préparait à la

culture détonante de Canal+ et de l’ère bobo. Le slogan de l’arche Delanoë

était d’ailleurs de changer d’ère. Vian nous aurait concocté une laide chanson

sur les Google babies vendus aux couples LGBT, conçus en Israël et incubés en

Inde par des mères porteuses payées trois dollars. Avec le fou rire.

Un dernier mot : le mutant de la gauche libérale et sociétale a écrit une

chanson nommée le déserteur. Or c’est bien ce qui résume notre époque. La

France est devenue un pays de déserteurs, la France, comme tant d’autres pays

occidentaux aussi, est un pays de désertion (revoyez les films de Godard, Tati,

Risi et Fellini pour l’Italie pour analyser ce que je veux dire). Cela n’empêchera

pas de faire la guerre nucléaire pour Soros et les oligarques humanitaires.

Le cas Vian confirme en tout cas que le Macron-cosmos va naviguer à 80-85%

de satisfaits, car vous n’imaginez pas ce qu’on peut

TEXTE DE NICOLAS BONNAL

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Re: LE DOSSIER MACRON ET LE RETOUR DE BORIS VIAN (Texte de NICOLAS BONNAL)

Message  Admin le Dim 14 Mai - 19:55

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